Démarche Artistique et humaniste

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Profil de ma main ouverte, marquée. Tendue aussi. Une invitation à créer, chacun ou ensemble, du sens. Les mains ont leur propre pouvoir, leur propre force de proposition, leur propre chemin de fortune à parcourir. La tête et l’esprit alors peuvent se libérer. Mon travail prend la matière brute, les outils, les couleurs et imagine veines et grains d’une élévation esthétique future. Des êtres d’art, et pas seulement des objets, trouvent alors un cap, touchent nos sens et nos émotions. Ils nous parlent.

Trajectoires, d’aventures en peintures…

Vocation.

Un sillon profond se creuse sur le chemin de ma vie. Longtemps sur les routes de l’humanitaire, je pose mon sac aujourd’hui, et me suis donné un contrat à durée indéterminée avec moi-même. Je crois d’ailleurs que c’est le premier CDI de ma vie. Je m’emploie donc.

L’artiste. L’artest. L’art est… Intempestif. Impétueux. Mystérieux. Relatif. Universel. Derrière un mot que tout le monde connaît sur terre, se terrent des réalités, des émotions, des révoltes, des messages, des parcours de vie. Produits et donnés, exposés, parfois ratés parfois perçus.

Je suis pris dans les filets et épris des contrastes que m’offrent la démarche artistique et la dimension culturelle, spirituelle et existentielle à la fois humaine et animale.

Poser ne veut pas dire « pauser ». Ni une attitude ni un arrêt. Au contraire, je n’ai jamais autant douté ni bougé intérieurement. Comme j’aime voyager « léger », j’ai rempli ma petite valise intérieure de quelques effets : des couleurs résistantes, de la matière transformable, une paire confiance-croyance inusable, une bonne trousse de spontanéité, beaucoup de « réodorant », des réserves de volonté et des flacons d’esprit libre.

Mon contrat en poche, j’ai empoigné ma valise, d’aspect vintage car j’ai bien l’âge de me faire plaisir, et me suis mis en marche avec un objectif : regarder devant, remercier le passé et n’en tirer que ce qui me permettra d’avancer sur mon futur chemin.

Sans bornes ni balises. Juste quelques panneaux plantés ci et là, illustrés des images publicitaires de mon engagement dans l’action humanitaire et humaniste de ces vingt-cinq dernières années : théâtres d’opérations et missions difficiles, situations de crises millénaires et urgences humaines absolues, paysages brûlés et bâtiments écroulés, visages en larmes de détresse et sourires resplendissants de dignité et de forces résistantes, corps déchirés et abris de fortune, parfums exotiques et odeurs bigarrées, bouts de racines et nourritures de luxe, poussières toxiques et eaux bleues limpides, paroles de sages et langues inconnues, bombes et coups de feu, couvre-feux et galeries d’art clandestines, rencontres lumineuses et histoires amoureuses, questions totales et réponses partielles.

Inspiration.

Quand même. Que de belles matières premières. Ce n’est pas du courage, c’est de la chance. Dans une prise de conscience aussi soudaine que surprenante, une évidence m’apparaît alors sur une aire de repos : serait-il temps, me dis-je, de voir ces aventures en peinture ? En ce je-dis ensoleillé, se révèle le sens de la marche.

Chaque jour depuis, je me prends ainsi à sourire à cette découverte, d’une démarche souple. J’aime cette nouvelle liberté de m’exprimer différemment, de manière unique, personnelle et cohérente. D’explorer, de rechercher, de tenter, de me tromper, d’être satisfait à un moment donné dans un mouvement de recul, de distance salutaire. J’aime être à l’écoute des matières, les observer et jouer avec elles, les transformer ou les associer, en formes et couleurs aux touchers rustiques, décalés ou veloutés. Malaxer la terre, mélanger les peintures, mouler les formes. Suivre le grain d’un bois remarquable ou délaissé, souder le métal, sabler le ciment. Reformer. Déformer. Transformer…

 

Ces actions nourrissent mon corps et mon esprit aussi vitalement que l’aliment des idées. Pas de ligne continue ni en pointillé. Dans une absence de trait, construit et maîtrisé, ou de mesure précise et juste, je qualifierais mon travail artistique d’abstrait, inspiré du tangible, du concret, du vécu, d’une réflexion et d’une construction progressive. L’expérience humaine devient alors naturellement une expérience artistique. De parallèles, elles convergent aujourd’hui dans une démarche globale, entière par laquelle j’entends relier à ma manière les mondes de l’art et de l’humanisme.

Porter en soi un projet ethnique, une idée éthique ou une vision esthétique est un cadeau de la nature. C’est un peu compliqué souvent car c’est une gestation artistique permanente, ponctuée d’actes de création d’ « êtres » d’art, dépassant l’objet ou l’œuvre. Une énergie fondamentale qui donne vie à l’existence.

Mon chemin illuminé, tantôt sentier escarpé, tantôt route d’identité, est rempli d’embauches. Je ne chômerai donc pas. Je vous remercie et vous invite à ce voyage entre les mondes, aux trajectoires de l’essentiel et aux bénéfices de l’instant.

Pierre Bessuges ,2018